Un film italien qui passe en France ! Voilà une médiatisation exceptionnelle pour un film de super-héro, 1er long-métrage de Gabriele Mainetti, qui met en scène le personnage de Enzo Cecotti personnifié en Jeeg Robot (Golderack en version italienne) un parfait anti-héros face à Fabio (il Zingaro/le Gitan) interprété par un Luca Marinelli fantastique (que j’avais déjà vu dans La Solitude des nombres premiers ou encore La grande bellezza).

Le projet

C’est avec le budget ridicule de 1.7 M € et plein de producteurs (bien affichés pendant 1 minute de logos variés tels que RAI cinema, sens critique) que le film tente de rendre hommage au manga Kotetsu Jeeg en faisant correspondre des personnages très réalistes aux personnage du manga au travers du personnage fou d’Alessia, interprétée par Ilenia Pastorelli, une comédienne passée par la télé-réalité dont le caractère semblait correspondre au personnage souhaité par le réalisateur.

Il faut avouer que ça fonctionne à merveille : autant Enzo est le protagoniste principal de l’histoire et on vit au travers de lui l’histoire du point de vue réaliste, c’est un voyou très négatif qui n’aime personne et passe son temps à regarder du porno en dégustant des yaourts ; de l’autre côté Alessia est une jeune fille dans le corps d’une femme, bloquée dans l’univers de  Jeeg Robot et qui interprète le monde réel dans son univers pour y apporter un positivisme enfantin digne des histoires de super-héros.

Le film parvient donc à faire la part des choses en montrant le côté ridicule manga dans le monde réel mais en gardant les 2 univers crédibles. C’est à dire que même si l’humour est présent et donnera un effet Kick-Ass au film, la tonalité reste dramatique et on a réellement affaire à un hommage au genre qui se permet de délivrer un message qui pourra rappeler Incassable.

Les thématiques

Pour comprendre le message il faut alors comprendre les thématiques abordées par le film. Je pars avec le gros désavantage de connaître très mal la culture nippone notamment en ce qui concerne les mangas. Ma seule approche récente avec le genre est le visionnage de la série animée Death Note, pourtant, pas moyen de passé à côté des références à l’univers animé. Le personnage féminin très sexualisé avec une mentalité enfantine habillée en princesse (avec une relation avec le héro qui me rappelle un peu Oldboy) le méchant légèrement surjoué, énervé, qui porte des costumes de couleurs et chante à l’image des soirées karaokés très prisées en Asie orientale. Et de l’autre côté j’y ai trouvé un vrai pastiche des films de super-héros occidentaux avec l’origin-story d’un anti-héros qui commence par l’enrichissement personnel à l’image de Spider-man, des références à Batman avec un méchant rappelant le Joker de Heath Ledger tout en aillant une allure rappelant ce qui avait été peine-ment recherché par Jared Leto. Et à chaque fois il y a cette tentative de remettre le ridicule dans la réalité. Non : l’homme aux super-pouvoirs n’a pas envie de sauver le monde, il se comporte toujours aussi mal avec Alessia qui voit en lui la seule figure masculine salvatrice dans sa vie désastreuse. De son côté, le méchant n’agit pas par pur plaisir du vice mais par besoin de reconnaissance.

Enfin je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir des références aux gros blockbusters : tout d’abord avec le Gitan qui rappellera le Joker dans une scène où il se filme comme ce dernier, Enzo qui prend un petit scooter tout pourri qui m’a fait penser au départ du batpod dans The Dark Knight, le combat final entre les deux protagonistes qui ressemblera au Batman v Superman avec un jeté de toilettes et des projections dans les murs … Et en fait on excuse le scénario relativement classique car le film essaye tout simplement d’actualiser le message des comics occidentaux en créant un super-héro dans un contexte ultra-réaliste qui n’est pas parodique contrairement à Kick-ass et dont le côté « métaphysique » reste très limité par rapport au budget et ne vient pas créer de soucis de cohérence scénaristique : on a simplement un homme avec une force surhumaine. Du coup la fantaisie expliquée par les yeux déformés d’Alessia s’inscrit bien dans la réalité et apporte une réponse à la définition d’un super-héro moderne. C’est notamment le thème de la reconnaissance qui y est abordé tout d’abord par le méchant mais également par Enzo et Alessia, qui, par la combinaison des problèmes de leurs vies, arrivent à donner quelque chose de positif chez Enzo.

Réalisation

Si on sent clairement le manque de moyen global et l’irrégularité au sein du film, Mainetti aura toutefois réussi à nous proposer une expérience agréable sur 2 heures. Il maitrise plutôt bien la mise en scène, a su reproduire ce qui faisait le genre et peut se targuer d’avoir eu des acteurs talentueux. Quelle plaisir de retrouver, même brièvement, Salvatore Esposito de la série Gomorra (moyenne de 8 sur SensCritique) accompagnée d’une camorriste bien charismatique qui exécute ses victime en leur foutant une mozzarella dans la bouche avant de les brûler. La musique ne s’en sort pas trop mal bien que trop souvent absente, c’est d’ailleurs peut-être volontaire pour replacer les scènes dans la réalité et renforcer la violence ou bien le ridicule toujours en rendant hommage à des scènes classiques du genre (je pense notamment à la dernière scène de combat).

 


En bref ce film est un pastiche du cinéma de super-héros, un hommage au manga de Gō Nagai, un drame bien écrit, l’impression du croisement improbable Kick-Ass/Gomorra. Il passe encore dans quelques salles à Paris, après il faut dire que je l’ai vu dans des conditions assez désastreuses une fois la semaine de sortie passée, à savoir une salle minuscule avec un petit écran tout sale et un son 3.0. Autant dire que j’ai de meilleures conditions chez moi.