Absolument hypé par tout ce qui touche au cyberpunk, je n’ai pas trop trainé pour visionner la série Altered Carbon, écrite par Laeta Kalogridis (Shutter Island), produite par Netflix et diffusée sur leur plateforme.

Et la raison de la hype c’est avant-tout cet univers cyberpunk et la ressemblance plus que flagrante de la photo à celle de Blade Runner. Et à peine sortie la série se prend des critiques plutôt sévères notamment sur son manque d’originalité et un univers à priori “déjà vu”. Et un article (The Verge) m’a particulièrement marqué car il essaye de nous expliquer en quoi Altered Carbon “rate” le cyberpunk. En gros, selon eux, la série doit s’inscrire dans un genre et donc par défaut respecter les codes associés à ce genre … mais quelle crétinerie.

YES du Cyberpunk

Altered Carbon nous plonge en 2384 dans un univers post Blade Runner où les humains ont colonisé différentes planètes, découvrant par ailleurs une technologie permettant de stocker les consciences des gens afin de se sauvegarder et éventuellement changer de corps, qu’ils appellent “enveloppe” (sleeve). C’est tiré d’un roman de Richard Morgan, un écrivain spécialisé dans le cyberpunk mais qui arrive effectivement bien tard en comparaison à Philip K Dick ou William Gibson. On suit l’histoire du point de vue de  Takeshi Kovacs un ancien “Diplos” à savoir membre d’un groupe terroriste tentant de s’opposer au régime en place, maintenu par le protectorat : les “stormtroopers” ce cet univers. 250 ans après son arrestation il se trouve dans le joli corps musclé de Joel Kinnaman et est engagé par un Math (Meth) : Laurens Bancroft pour enquêter sur le meurtre de ce dernier alors revenu à la vie grâce à ses sauvegardes dans un cloud. Comme prévu par les Diplos, cette nouvelle technologie permettant de se sauvegarder (les stacks) a déclenché la montée en puissance d’une élite immortelle qui dirige le monde.

Et je ne vais bien sûr pas tout détailler ici car comme toutes les œuvres de ce genre il s’agit d’un univers très riche. Et déjà de ce point de vue c’est une réussite, car contrairement à ce que dit l’article de The Verge, la série n’ignore pas ses prémices. Les questions des transferts d’enveloppe sont tout le temps abordées, la question religieuse, la situation économique, la science etc. Et cette narration passe beaucoup par un travail notable sur les décors (très inspirés de Blade Runner) pour un rendu très sympa même si la réalisation reste un peu trop classique à mon goût. Les éléments qui se démarquent le plus selon moi concernent tout ce qui se passe en réalité virtuelle ou la manière de traiter les intelligences artificielles.

L’univers de Carbone Modifié

Tout ce travail sur la découverte des éléments spécifiques à cet univers est très bien fait et m’a rappelé sur bien des points des éléments de la trilogie Neuromancer de William Gibson. Et c’est pas facile car ce sont souvent des choses assez complexes à expliquer ou à représenter tant c’est éloigné de ce qu’on connait habituellement. Typiquement le premier tome du Neuromancier que j’ai lu en VO reste pour moi un enchaînement de situations incompréhensibles remplies de néologismes définissant pour la première fois la notion d’un cyberespace avant même la création d’Internet. Ici on retrouve le même cyberespace globalisé, les mêmes hacks dangereux qui touchent à la conscience (également exploré dans Ghost in the Shell), la même approche au corps qui est totalement déshumanisé. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la série insiste autant sur les corps nus, dans ce monde il n’y a plus de pudeur corporelle, puisque ce n’est plus qu’une enveloppe temporaire et pas du tout significative. J’ai retrouvé aussi quelques usages de la technologie qui pourra rappeler Black Mirror mais après tout c’est assez logique.

Et le fond dans tout ça ?

La question qu’on se pose alors c’est si le fond est intéressant. Et selon moi ce qui a gêné les gens est le scénario de cette première saison qui peut être vu comme simple. En réalité, j’ai moi même été fortement déçu par le dernier épisode qui ne vient pas approfondir les personnages mais plutôt enfoncer le clou du manichéisme sans subtilité et nous laisse avec cette idée d’histoire déjà vue. Je regrette que la trame du meurtre ne soit qu’un prétexte de départ surtout pour conserver l’idée que les Meths sont les méchants car ils ont le pouvoir durant toute la série. Mais d’un autre côté la série reste riche de part ses histoires annexes qui ne pouvaient pas prendre le devant pour une saison 1 alors chargée de présenter l’univers. J’ose espérer que les saisons suivantes feront preuves de plus d’ambition et logiquement il y a toujours un gros potentiel laissé par les romans qui se concentrent sur différents personnages. Peut-être que la saison suivante ne traitera plus de Takeshi Kovacz ou Kristin Ortega.

Mais alors c’est bien ?

Tous les fans de cyberpunk se sont rués dessus, à tort peut-être s’ils s’attendaient à un chef d’œuvre, mais à raison s’ils souhaitaient juste voir une sorte de Neuromancien sur leur tablette. Je pense que le public mainstream Netflix qui n’a pas aimé n’a pas vraiment essayé de chercher la subtilité derrière ce scénario classique (mais certains déclarent le contraire et accusent Netflix de produire de la SF de merde pour son public décérébré). Ce que je peux vous dire c’est que j’en ai discuté avec mes amis fans de cyberpunk et en général ils apprécient (sans plus) et les parallèles que je fais avec Neuromancer, ce n’est que du positif (parce que c’est un peu le fondement du Cyberpunk). Alors dire que la série échoue dans le Cyberpunk est une absurdité, les genres ne doivent pas avoir de codes à respecter. Si tu veux faire de la fantaisie dans un univers sombre et réaliste comme Del Toro et bah tu le fais, tu veux utiliser le genre super-héros pour en faire un thriller policier (merci Nolan), tu obtiens le meilleur film de tous les temps. Alors on se passera des analyses biaisées de journalistes limités et consensuels. Altered Carbon s’affranchit de son genre tout comme ses personnages peuvent s’affranchir de leur corps.