Peu d’œuvres peuvent prétendre à la perfection, et pourtant Fullmetal Alchemist fait partie de ses rares élus. Manga réalisé par Hiromu Arakawa publié entre 2001 et 2010 par Square Enix, il est considéré comme l’un des piliers immanquables du domaine et plus de 50 millions de tomes se sont à ce jour vendu. L’univers rappelle le XXéme siècle, dans un monde où l’alchimie est une science répandue et pratiquée. L’histoire se concentre sur Edward et Alphonse Elric, deux frères qui ont brisés le tabou ultime de l’alchimie en tentant de ressusciter leur mère et se sont retrouver maudits pour ça. Edward perdra sa jambe et Alphonse se voit priver de son enveloppe corporel, forçant son ainé à également sacrifier son bras afin d’attacher son âme à une armure. Afin de retrouver leurs corps d’origine, ils partent à la recherche de la légendaire pierre philosophale et devront surmonter bons nombres d’obstacles.

Une telle popularité entraîne bien évidemment plusieurs adaptations sous différentes formes. Outre la demi-douzaine de romans et de jeux vidéos qui ont connus des succès modérés, c’est surtout grâce aux adaptations en animé que FMA instaura sa popularité. Il y eu d’abord une première adaptation de 25 épisodes en 2003 qui divergea rapidement de l’œuvre originale (A l’époque toujours en cours de sérialisation) et qui est considérée comme décente malgré les points faibles scénaristique. Puis en 2009 sortit Brotherhood, fidèle à la série dans les moindres détails et reste considérée prés de 10 ans plus tard comme l’un des meilleurs animés jamais réalisés, au niveau scénaristique et visuel.

Voyant là une opportunité de jouer sur la popularité de l’œuvre afin d’engendrer des profits, la Warner s’est empressée d’acquérir les droits d’un film live, initialement prévu pour 2013. Le budget ne suivant pas il a fallu attendre une annonce officielle en 2016 pour une sortie prévue fin 2017. La production serait 100% japonaise, avec Fumuhiko Sori aux rênes, expert en VFX qui avait notamment travaillé sur les effets spéciaux de Titanic et réalisé des films assez bien reçus aux japons, tels Ping Pong et Ichi, ou encore certains exclusivement réalisés en CGI comme Appleseed ou bien Dragon Age: Dawn of the seeker qui avait été commandé par EA.

C’est donc en Février 2018 que le film débarque en occident sur la plateforme Netflix. D’une durée d’un peu plus de 2h, l’histoire se trouve fortement condensée et simplifiée. Nous suivons toujours Edward et Alphonse à la recherche de la pierre philosophale, mais la plupart des personnages secondaires (et certains importants) ont été retirées et ceux restants n’ont que quelques minutes de screentime sans vraiment avoir d’impact sur le déroulement des événements. Nous noterons cependant une certaine fidélité aux détails des personnages et de l’univers, malgré des décors souvent simplifiés, des costumes parfois “cheap” et une Winry en brune (blasphème).

Pour un public néophyte, le scénario pourrait sembler cohérent au début et les différentes règles du monde et les backstorys des personnages sont savamment expliquées par le biais de flash-backs et de rêves. Vers la moitié du film cependant sont introduits les antagonistes et plusieurs nouveaux éléments viennent noyer le spectateur et rendent la compréhension de l’univers plus compliquée à assimiler. A la fin, nous nous retrouvons avec un patchwork de différents éléments du manga qui n’ont pas forcément de corrélation entre eux se mêler et le tout donne une impression de flou scénaristique, renforcé par des scènes de combats relativement légères et l’absence de profondeur des personnages. Le film essaie tant bien que mal de jouer sur la corde sentimentale des spectateurs, quitte à reprendre les 2 scènes jugées les plus tristes du manga, mais nous n’avons que peu d’attachement aux personnages du fait des modifications qu’ils leur ont été apportées,et il est difficile de ressentir quelque chose.

Concernant les personnages, il est intéressant de se pencher sur le jeu des acteurs. Ces derniers livrent une performance globalement décente, une mention spéciale allant à Ryosuke Yamada qui réussit à retranscrire parfaitement le caractère d’Edward et la dynamique qu’il crée avec Dean Fujioka – qui incarne ici le colonel Mustang – est finalement assez similaire à ce qu’on avait dans Brotherhood. Il existe cependant une règle implicite dans les adaptations de films live japonais qui encourage les antagonistes à surjouer, et FMA ne semble pas y échapper, malgré une performance notable de Yasuko Matsuyuki en tant que Lust. Enfin nous ne pouvons pas parler d’un film FMA sans aborder le cadet Elric, Alphonse qui est doublé par Atomu Mizuishi mais entièrement représenté en CGI.

La CGI est d’ailleurs l’un des points intéressants de ce film. Il est compréhensible que les effets d’alchimie requièrent l’utilisation d’effets spéciaux, mais le film utilise cette technologie en abondance. Beaucoup de décors et de personnages sont générés numériquement, et ceci finit par peser sur le spectateur plus qu’autre chose. Étant donné le passé du réalisateur, on peut facilement comprendre ce choix, mais on en vient à se demander si une part trop importante du budget n’a pas été attribuée à la CGI, quitte à pénaliser le casting ou les décors naturels qui semblent souvent creux. “Creux” semble d’ailleurs être le mot d’ordre de cette adaptation car même l’OST est loin du niveau de Brotherhood, malgré un thème principal réalisé par la célèbre Misia.

Ainsi, ce film live FMA pensé comme un hommage aux fans de la saga finit par être une déception pour les connaisseurs et les néophytes. Ceux familiers avec l’oeuvre ne retrouveront rien de la profondeur et de la narration d’Arakawa, et les autres seront rapidement rebutés par le manque de cohérence de l’histoire. Le film essaye tant bien que mal de se rattraper en jouant sur le fan-service (les scènes avec Nina et Alexandre, les focus sur le décolleté de Lust) mais il n’arrive malheureusement pas à accrocher les spectateurs. Exit donc les jeux de pouvoir militaire, les drames familiaux, la quête vengeresse de Scar, le charme des Armstrong et tant d’autres élements qui font la gloire du manga. FMA ne vient donc pas rejoindre Kenshin dans le club extrêmement select des adaptations lives réussies mais au final on en ressort avec une envie de revoir Brotherhood, ce qui n’est finalement pas une mauvaise chose.