Pas vraiment convaincu par la saison 1 mais assez largement séduit par la saison 2, j’ai continué de suivre la série Gotham de la Fox qui semble balbutier dans son concept de nous projeter dans une Gotham corrompue sans Batman. Si Jerome était l’élément le plus marquant de la saison 2, la saison 3 semblait replonger dans la médiocrité de la première avec des personnages qui tournent en rond et sont totalement immortels (à l’image des comics).

Gotham et les vilains

Gotham est née comme une série policière : on suit les enquêtes de Gordon et Bullock au sein du GCPD à la suite du meurtre des parents du petit Bruce Wayne. On suivra en parallèle l’éducation de ce dernier par Alfred (ré-imaginé) ainsi que les conflits de la pègre. Le point fort est donc le traitement des gangsters qui sont les personnages principaux de la sérié. Sauf que bien entendu on a affaire à une série en 22 épisodes qui témoigne des mêmes soucis d’écriture que les autres séries de ce genre. Une fois passés les épisodes itératifs ayant la même structure, les scénaristes décident de faire évoluer les personnages ce qui amène plus de problèmes qu’autre chose. Dans une série policière qui s’étale sur une saison (Septembre-Mai) les épisodes sont visibles indépendamment et les saisons peuvent marquer des évolutions radicales : souvent le départ, la mort ou l’arrivée d’un personnage. Ici ils ont vite évolué vers les séries plus populaires à notre époque (en 10 épisodes) séparant ainsi chaque saison en 2 gros chapitres bien nets. Le problème c’est qu’à chaque demi-saison on a l’impression qu’ils rebootent chaque personnage en leur donnant des arcs narratifs assez arbitraires. A la 4ème saison on commence à bien détecter ces mécanismes et plus rien n’est cohérent. Tout le monde a été tué, est revenu, a été allié ou ennemi. Ce qui est vrai pour les méchant est vrai également pour Gordon et ses relations ainsi que pour la relation Bruce-Alfred qui est écrite de manière catastrophique dans la première moitié de la 4.

Les scénaristes sont prêts à sacrifier toute cohérence par simple besoin d’évolution se contredisant eux-mêmes dans ce qu’ils racontaient 6 mois plus tôt. Quand Jerome, débarque la série a comme un nouveau souffle ; sans être le fil conducteur de la série, il reste le plus passionnant à suivre et les épisodes où il est présent sont parmi les plus marquants de la série (on remerciera le talent de Cameron Monaghan). La première mi-saison reste également passionnante grâce au personnage de Sofia Falcone qui apporte un vrai changement de ton par rapports aux protagonistes habituels de la série.

A Dark Knight

La saison 4 c’est la promesse de la naissance du chevalier noir sauf qu’à ce moment de l’histoire les méchants ont déjà faits plusieurs tours sur eux-même y compris le Joker même s’ils refusent de le nommer ainsi (la Warner a placé un embargo sur le nom et les cheveux verts pour réserver le Joker aux films). D’ailleurs si m’autorisais à spoiler je dirais que la dernier version de J. est pour moi beaucoup plus éloignée du Joker que la première ce qui m’embête un peu pour la suite.

Batman est assez simple à  définir, la mort de ses parents l’a transformé : il décide de se battre contre le crime et passe sa jeunesse à se former pour ça. Les ennemis de Batman naissent après batman en réaction à son activité.

Sauf que la série casse ce concept en voulant être à l’origine de la naissance de Batman. Il y a le meurtre, le fait qu’il ai résisté à la vengeance, il a été confronté à la corruption de Gotham qui touche Wayne Entreprise, découvre les secrets de son père, a tué quelqu’un, admet sa part sombre, et la saison 4 poursuit cette évolution. C’est intéressant car on voit que Batman provient un empilement d’évènements. Le problème c’est que j’ai la vive impression que les écrivains ne se sont pas donné de limite, il n’y a pas de plan, le but était clairement de faire avancer la série le plus loin possible sans jamais atteindre le Batman. D’une part c’est assez frustrant, et d’autre part ça casse la cohérence avec un éventuel canon DC, les méchants sont présents avant Batman et Jerome est notamment très impliqué dans la naissance de ce dernier en faisant un parallèle entre la mauvaise journée (origin story du Joker dans The Killing Joke) et les expériences que subit Bruce. Les rôles sont totalement inversés donc si on regarde Gotham comme un préquel à Batman on est totalement perdu.

DC

En résumé c’est une véritable série DC ; comme toutes les œuvres estampillées par l’éditeur né en 1937, il ne faut pas accorder trop d’importance au canon. C’est un univers véritablement à part dans lequel c’est la ville de Gotham qui est à l’origine de Batman (y compris le Joker, Catwoman, Ra’s al Ghul et la Cour des Hiboux). D’ailleurs l’identité visuelle de la série fait qu’elle est très difficile à dater.  Ils ont casé le plus de références possibles en faisant une grosse boite à fan-service et la fin de la saison 4 est plutôt à la hauteur des attentes. Ça ressemble vraiment à un “comic book” DC adapté en série et tant pis pour les incohérences.  D’autant que, contrairement aux séries CW, Bruno Heller a apporté une réelle identité à la série : déjà ils tournent à New York (ce qui change de Vancouver) ensuite la série a su garder l’aspect totalement déjanté qu’ils ont voulu donné à Gotham pour en faire une ville de dingues.

Et après ?

Et bien a priori, la saison 5 sera la dernière ce qui est une bonne nouvelle car on a failli s’arrêter à la 4 qui nous laisse sur un très beau cliffhangher. Même si on n’aura probablement pas de vrai Batman, on aura peut-être un Dark Knight ce qui devrait permettre un changement de point de vue et aboutir à une fin satisfaisante.