Ne connaissant pas vraiment le cinéma de Guillermo de Toro, je me suis rendu avec une curiosité enthousiaste voir la Forme de l’Eau (The Shape of Water) ce Dimanche 4 Mars, le matin de la soirée de la remise des Oscars par l’Académie des Arts et des sciences du cinéma. Et c’est vraiment dommage parce que ça fait longtemps que je me dis que je dois regarder le Labyrinthe de Pan et Hellboy (et j’ai Pacific Ream en Bluray depuis plusieurs années).

Alors on va le dire tout de suite, je ne me suis pas emmerdé, parce que c’est beau, la musique d’Alexandre Desplat fonctionne à merveille, Guillermo sait raconter des choses avec sa caméra (même si je ne sais jamais précisément quoi) en la baladant constamment et avec de jolies transitions. L’eau parle, les décors parlent, les personnages sont bien écrits et bien interprétés, bref on est dans un bon film.

Néanmoins je suis assez réticent à ce genre (le conte) et c’est assez compliqué de me vendre la sauce malgré le fait que ça se passe dans les années 50-60s américaines qui est une époque que j’adore voire représentée (les américains aussi d’ailleurs, il suffit de voir le succès de La La Land) car elle s’exprime très bien esthétiquement. Le truc ici c’est que Del Toro en profite pour critiquer ce monde, puisque le principal antagoniste, magnifiquement interprété par un Michael Shannon dont la talent n’est plus à prouver, est une caricature du modèle de société de l’époque puisqu’il est un homme blanc, riche, ambitieux, sa femme est une parodie de pub des années 50s et le film m’a donné l’impression dans la première partie de remplir une sorte de checklist:

  • Les gens sont sexistes
  • Les gens sont racistes
  • les gens sont homophobes
  • olala ils sont consuméristes

Et ce n’est pas forcément gratuit dans le sens où le film fait (comme d’habitude chez Del Toro) quelque part la promotion de la différence ; enfin disons qu’il a une manière particulière de traiter le monstre pour ne pas en faire un antagoniste mais simplement une chose à craindre, pour ensuite mieux l’admirer (largement facilité quand la créature a quelque chose de divin). L’héroïne muette (donc “incomplète”) tombe amoureuse d’une créature sous-marine jugée monstrueuse par les scientifiques (américains, blancs etc) car elle n’est pas humaine. Et j’ai toujours trouvé ce genre d’histoire “cheatée” : on nous présente un personnage gentil heureux méprisé, qui choisit le camp du bien (aider la créature totalement innocente et pleine de bonté avec des pouvoirs surnaturels en plus) face aux méchants “conformistes”. Et cette morale assez classique dans les contes serait donc là pour nous dire que chacun de nous est une exception et qu’on peut faire le choix du bien, faire la différence. Ma réserve vient donc du fait qu’il a voulu intégrer ces quelques éléments fantastiques dans notre monde. L’intention est louable mais c’est entièrement gratuit et je ne ressens aucune satisfaction à voir le personnage gentil triompher du méchant dans une histoire d’amour inspirée de La Belle et la Bête. Loin de moi l’idée de critiquer le manichéisme dans un conte, le problème c’est quand on décide d’en faire un chef d’œuvre alors que la morale en elle même ne pose pas vraiment de réflexion chez le spectateur. En fait, intégrer un élément fantastique pour justifier un propos dans un univers réel provoque chez moi la réaction suivante : “mais le raisonnement ne tient pas, puisque c’est faux”. Ça vient juste satisfaire un pseudo-ego où on dit à chacun “si tu es différent tu es supérieur aux autres, car s’ils sont normaux ils sont méchants”. Et ça m’emmerde d’être gêné par la “politique” car en soit si ça se trouve Guillermo voulait juste raconter son histoire d’amour. Mais si le sexisme et le mépris omniprésent de Michael Shannon servent à définir le personnage (et notamment la scène de la Cadillac qui est en plus assez drôle), qu’on ne me dise pas que la scène du serveur qui vire l’homosexuel et le couple noir n’est pas 100% gratuite.

Sally Hawkins et Octavia Spencer in the film THE SHAPE OF WATER. (Fox Searchlight Pictures)

Alors j’ai peut-être vieilli ; je suis aigri, je n’ai pas spécialement été touché par l’héroïne qui libère enfin sa sexualité grâce à cette créature fictive qui la reconnait comme complète et pas handicapée. Mais d’un autre côté, et pour finir sur une note positive, j’ai beaucoup apprécié la cinématographie de Guillermo Del Toro, la photographie et les personnages malgré le côté caricatural, car en soit la caricature n’est pas un défaut mais elle doit servir à dire quelque chose ou à l’inverse à surprendre. Je vous épargne les incohérences assez très grosses que j’ai soulevé lors du plan de l’évasion. L’arc de Hoffstetler était très bien écrit et je pense que le film plaira à la plupart d’entre vous comme en témoigne le succès (trop fort à mon goût) qu’obtient le film. Je conçois aussi qu’on puisse tomber amoureux de ce film comme InThePanda parce que certains embrassent le conte, d’autres y sont plus hermétiques mais ce qui est sûr c’est que Del Toro a su raconter cette histoire comme il en avait envie et le film est une réussite.