A l’occasion du Festival du Film Coréen à Paris, le cinéma Publicis en partenariat avec le distributeur Wild Side qui sort le film en Bluray ce Mercredi 28 Mars a projeté le film sud-coréen The Villainess (Ak-Nyeo) de Byeong-gil Jeong. A l’origine projeté à la séance de Minuit au festival de Cannes, il a fallu attendre le 23 Mars pour une diffusion VOD et cette exceptionnelle séance au cinéma.

Scénario

The Villainess, bien que vendu comme un film d’action, est dans les codes du polar coréen. La protagoniste a un secret à découvrir et c’est ce qui va la motiver à avancer, en plus de la vengeance (d’une manière très similaire au désormais culte Oldboy). Sook-hee, une jeune fille surdouée au combat est recrutée par un organisme de renseignement/assassinat. Étant enceinte, sa vie est prise en otage et elle devra alors effectuer des missions pendant 10 ans au service de cette organisation.

Dans une structure très similaire au Nikita de Luc Besson, on lui donne une vie et elle tente tout de même de s’accorder une vie normale avant de s’apercevoir qu’elle est condamnée à vivre dans un univers de mensonges. Elle va alors tenter d’en apprendre plus sur la mort de son père puis de son mari causant nombreux problèmes. Et le film fonctionne car au lieu de la structure classique en 3 actes, le film use de flashbacks pour nous raconter la backstory de l’héroïne (et là on a l’inspiration Kill Bill) et réserve quelques twists afin de ne pas refaire Nikita ou tout autre film à base de protagoniste coincé dans une organisation secrète qui souhaite en sortir. On a affaire à un vrai film coréen qui prend donc à contrepied les ressorts classiques des films occidentaux (mais reste classique si on connaît un peu le cinéma coréen). Le scénario tient en haleine, je ne me suis jamais ennuyé, il y a également un humour assez sympathique dans ce genre de film grâce à un casting efficace.

Réalisation

On retrouve de la part de Jeong une réalisation ambitieuse mais qui ne vas pas forcément dans l’excès. Le montage avec flashbacks peut-être un peu abusif est plutôt bien trouvé et permet d’ouvrir le film sur un énorme plan séquence en POV pour ensuite nous faire part d’une transition ingénieuse pour passer en vue objective. Et là on découvre ce qui pourra en gêner certains : les scènes d’actions tournées au ralenti voire en stop-motion ensuite reconstruites qui aboutissent à l’effet Kingsman (et j’ai pas vu le 2ème tellement on a pu en dire du mal). La caméra a l’air de trembler constamment (sans être shaky-cam) et le réalisateur veut placer des transitions partout. Ceci-dit ça fonctionne bien en ce qui me concerne notamment dans une scène de course-poursuite / combat en moto et un plan séquence dingue d’une voiture vers un bus (ceux qui ont vu le film comprendront).

En revanche concernant l’action pure on reste dans des éléments qui rappelleront encore Oldboy : une prédominance des armes blanches avec des gerbes de sangs parfois un peu ridicules. Un gore assez abondant qui aura permis aux plus beaufs de la salle de bien se faire remarquer avec leur réaction et on ne retrouve pas le plaisir des chorégraphies qu’on a dans The Raid, par exemple, qui privilégie les acteurs et on oublie la caméra. J’ose espérer que la scène du couloir est une référence à Oldboy en passant du traveling latéral à une vision première personne au même titre qu’une scène dans les toilettes reproduit une scène de Nikita.

J’ai trouvé les musiques de Koo Ja-wan pas spécialement inspirantes, elles fonctionnent durant l’action mais c’est pas le truc que tu vas écouter à part.

Au final The Villainess ne révolutionne pas le cinéma. La façon de filmer l’action n’est pas forcément agréable et le scénario bien qu’intéressant reste déjà vu. Mais la rupture avec les clichés américanos-européens et la réussite globale du film en fait un bon petit plaisir pour les fans du genre et il a le mérite de ne pas se focaliser sur l’action pour alterner les registres et raconte efficacement son histoire sans être trop explicite dans les révélations.