Saga emblématique des années 2000, God of War fait partie de ces jeux qui n’ont plus besoin d’être présentés. Caractérisé par son adaptation libre de la mythologie grecque et des hectolitres de sang, la trilogie suivait l’histoire de Kratos, simple soldat spartiate à la base qui se retrouve mêlé aux machineries des dieux et cherchera à prendre sa vengeance sur le Panthéon après que leurs chamailleries lui ait coûté sa femme et sa fille. A la fois beat’em-all et jeu de plateforme, les jeux GOW ont rencontré un succès retentissant, acclamés pour les combats de boss majestueux et leur gameplay nerveux. Avec un 3éme opus qui se terminait en fin ouverte, tout le monde pensait que l’histoire de Kratos était terminée, mais les années 2010 se prêtent à la tendance du reboot et Sony annonça en 2014 qu’une suite était prévue. C’est en Avril 2018 que sorti donc le nouvel épisode sobrement intitulé “God Of War”.

Fidèle à la nouvelle mode du “Papa Mélancolique Meurtrier”, on retrouve dans le dernier GOW un Kratos plus âgé, plus sage, plus barbu et père de famille. Ayant laissé derrière lui son passé grec, il a émigré vers les terres scandinaves et s’est construit une vie plus paisible auprès de Faye, sa nouvelle compagne et Atreus, son fils, ces derniers ignorants son statut de dieu. Le jeu débute peu après la mort de Faye, qui a demandé à ce que ses cendres soient dispersés du sommet de la plus haute montagne du monde. Kratos et Atreus entament donc leur quête, mais on se rend rapidement compte que la relation entre eux n’est pas forcément la plus chaleureuse, et qu’il existe une barrière émotionnelle qu’il leur faudra surmonter s’ils souhaitent réussir.

Le jeu possède la particularité de n’avoir qu’une caméra unique. Dans l’esprit d’un Birdman, nous suivons donc toute l’aventure de Kratos perchés à quelques mètres derrière son épaule. Pari risqué mais qui rend finalement bien, même lors des cinématiques. On en vient cependant parfois à regretter de ne pas pouvoir la manipuler nous-mêmes lorsque l’on est face à plusieurs adversaires, mais la présence de l’indicateur d’attaque ou la possibilité de faire rapidement volte-face en un bouton (pas forcément le plus intuitif cependant) permettent de palier ce problème. L’univers est un open-world d’une taille acceptable, malgré une carte pas toujours lisible et un voyage rapide qui n’est pas toujours rapide. Pour les amoureux du paysage, il est possible de prendre des screenshots de l’univers majestueux du jeu. Pas de Unreal ou de CryEngine mais un moteur graphique propriétaire Santa Monica Studio développé pour les besoins du jeu. Le jeu est bien évidemment en 4K sur la PS4 Pro, mais les possesseurs de la PS4 classique n’auront rien à leur envier.

Il est intéressant également noter la différence de gameplay avec l’ancienne trilogie. Les anciens jeux étaient des jeux de plate-forme classiques, et ce nouvel opus rompt sèchement avec la tradition en supprimant tout bonnement le bouton de Saut. Le studio a tenté d’y substituer des phases d’escalades, mais les puzzles du jeu s’en retrouvent facilités et deviennent parfois répétitifs. Toutefois en avançant dans l’histoire et en débloquant de nouveaux mécanismes, on retrouve un certain niveau d’intérêt vers le end game.
Concernant le combat, exit les finish à base de QTE mais un système de beat-em’all assez classique avec attaque-blocage-esquive et une barre d’étourdissement pour achever son adversaire.  Malgré un bestiaire assez limité et des armes encore moins variées, les combats sont assez sympathiques, à défaut d’être amusants. Considérant les combats contre les dieux et monstres magistraux des jeux précédents, on regrette la faible présence de véritables boss dans cet opus, due, selon Cory Barlog, au manque de temps.
Il existe également un système de loot et de craft intuitif et qui présente un réel intérêt sans être trop complexe, avec la possibilité d’améliorer et d’équiper Atreus également. Même si le fiston est techniquement indépendant, il est souvent nécessaire de lui donner des ordres pour qu’il se révèle réellement utile, et nous avons au final l’impression de contrôler une extension de Kratos plutôt que d’être assisté par un personnage tiers.

Le jeu tourne bien évidemment autour de la relation entre Kratos et Atreus, que l’on voit évoluer au fil du jeu. Même s’il est clair que le Atreus de la fin est différent de celui au début, on se retrouve déçu par son développement, la plupart du temps caractérisé par des actions prévisibles de ce dernier et des répliques très stéréotypées de la part de Kratos. A l’opposé de The Last of Us, où il existe une réelle dynamique entre Ellie et Joel, on se retrouve avec un papa un peu distant qui doit faire face à une crise d’adolescence à laquelle il n’est pas préparé. L’évolution de leur relation donnent l’impression d’être une succession de clichés qui ne sont pas forcément bien rythmés.
Le rythme du jeu tout entier est d’ailleurs intéressant. La première dizaine d’heure est chargée en découvertes et moments épiques, avec un certain combat de boss qui donne une bonne dose de hype pour la suite du jeu. Le soucis étant que les 30 heures qui suivent se révèlent finalement répétitives, et on se retrouve à attendre le prochain événement intéressant qui prendra la forme de 15 secondes de cinématiques. La partie finale du jeu retrouve un certain intérêt avec des mondes supplémentaires contenant de nouveaux défis, mais le creux au milieu se ressent fortement.

God of War est finalement un jeu ambitieux qui tiens la plupart de ses promesses, malgré une écriture souvent bancale. La rupture est faite avec la trilogie précédente, et ce nouvel opus sert à poser les bases d’une nouvelle aventure. Il existe une scène post-crédit annonciatrice d’une suite intéressante, et dans un contexte plus générique on peut croire que God of War sert à Santa Monica Studio de terrain d’expérimentation pour préparer la suite. Aucun DLC n’étant prévu pour le moment (Et Cory Barlog n’étant pas un grand fan du modèle), il va falloir patienter encore quelques temps pour voir un nouvel épisode. Il sera alors temps de revenir juger God Of War non pas comme un jeu, mais comme le premier épisode d’une saga prometteuse

Note : 16/20