Xenoblade Chronicles fût l’une des bonnes surprises de la Wii: annoncé lors de l’E3 2009 pour une sortie la même année, il s’est vite distingué des autres JRPGs et a rapidement trouvé sa place dans le panthéon du genre. On se rappelle encore de l’open-world immense aux décors à couper le souffle, de la fluidité du jeu exceptionnelle pour l’époque, des dizaines d’heures de quêtes et du scénario bien rythmé et ponctué de véritables rebondissements ou encore du système de combat semi-interactif à la fois classique et innovateur. Tant d’éléments qui ont participé à la notoriété du jeu, jusqu’à initier la création de l’Operation Rainfall, une campagne mise en place par les fans occidentaux de JRPG pour promouvoir ces derniers. D’ailleurs Shulk, le protagoniste, fait partie du casting initial de SSB 3DS/WiiU, preuve de l’immense succès du jeu. Ce dernier connût un portage sur 3DS quelques années, et un spin-off officieux Xenoblade Chronicles X reprenant la même formule.

Et c’est en 2017 que nous avons eu droit à la suite officielle sur Switch. Il ne s’agit pas d’une sequel direct, mais nous retrouvons beaucoup d’éléments similaires et un univers avec assez de points communs pour justifier le même titre. Ici exit les dieux géants morts sur lesquelles la vie s’est développée, l’histoire prend place dans le monde d’Alrest, qui n’est qu’une mer de nuage et où les différentes races vivent sur le dos des Titans, des créatures gigantesque qui servent d’îles. Nous suivons cette fois Rex, un jeune récupérateur qui vit de la repêche de trésors. Ce dernier est engagé pour assister une équipe d’explorateurs dans la fouille d’un vaisseau ancien, mais se retrouve trahis par ces derniers après avoir découvert ce qu’ils cherchaient : une épée enflammée qui semble liée à une jeune femme endormie. Rex se trouve alors miraculeusement sauvé par la demoiselle et découvre qu’il est un Pilote, une personne capable d’invoquer des armes élémentaires à partir de cristaux (des “Lames”) et que ladite jeune femme se prénomme Pyra, une Lame légendaire que beaucoup convoitent.

Nous voici donc parti aux côtés de Rex et Pyra dans leurs aventures pour tenter de rejoindre l’Arbre-Monde. Le gameplay est très similaire à celui des épisodes précédents : un open-world gigantesque et un système de combat semi-interactif où l’on incarne 1 personnage dans un groupe de 3. Les attaques se font automatiquement mais on peut influer via le positionnement où l’utilisation de techniques spéciales. Il existe également une mécanique de types élémentaires avec forces et faiblesses et il faudra parfois changer de lame stratégiquement pour contrer un adversaire particulier ou réaliser un combo plus puissant. Dans l’ensemble ce système de combat est plus riche et fourni que ces prédécesseurs, même si son utilisation n’est pas forcément intuitive et les derniers tutoriels arriveront après une quinzaine d’heures de jeux. Des explications qui ne sont malheureusement pas forcément claires et qu’il est difficile à retrouver dans les menus.

Xenoblade 2 se joue en une seule vue à la 3ème personne où l’on contrôle donc un personnage unique et le monde est assez grand pour se sentir libre. On en vient fréquemment à utiliser la fonction de voyage rapide qui est extrêmement utile pour certaines quêtes, parfois en dépit du bon sens scénaristique (Coincés dans le ventre d’un titan géant et beaucoup trop d’ennemis à combattre pour rejoindre la sortie? Un petit saut à la ville à l’autre bout du monde pour améliorer ses Lames!). L’histoire en ligne droite vous tiendra environ une quarantaine d’heures, temps à doubler si l’on cherche à obtenir toutes les lames et terminer les quêtes annexes. Ces dernières sont parfois assez redondantes et peu guidées et vous vous retrouverez à tourner en rond plusieurs heures pour ramasser quelques objets banaux avec un taux de drop douteux.

Esthétiquement cet épisode est un peu en deçà de ce que l’on pourrait attendre de la Switch. Certaines textures sont bien pâles et le jeu souffre de fréquentes baisses de FPS, notamment lorsque plusieurs ennemis sont à l’écran. La console souffle souvent et cela se ressent aussi dans l’autonomie qui atteint difficilement les 4 heures en mode portable. A tel point que certaines scènes donnent l’impression de tourner sur PS3.
Les graphismes ne sont pas les seuls à donner une impression de “vieux”, certaines animations sont très rigides et les désynchronisations labiales nous replongent 10 ans en arrière. Ces défauts sont également appuyés par une traduction française peu naturelle qui jouera contre l’immersion. Enfin concernant les doublages, celui en anglais est constitué de voix majoritairement anglaises ou irlandaises, ce qui surprend un peu au début mais au final reste décent. On préfère quand même les voix japonaises, même s’il existe beaucoup de dialogues spontanés qui ne sont pas forcément traduits et qui freinent un peu l’immersion.

L’histoire en soi est intéressante, même si un brin trop classique. On ne retrouve malheureusement pas la profondeur et toute la réflexion métaphysique qui avaient fait le charme de son grand frère. Il existe un parti-pris très “moe” de la part des développeurs qui surprend tout au long du jeu, avec des scènes parfois décalées, un humour souvent forcé et des passages qui sont carrément gênants et qu’on a envie d’oublier. Le character design est également assez simple, même si on en vient régulièrement à se poser des questions sur les proportions de l’anatomie féminine. Ceci n’est heureusement pas le cas de tous les personnages étant donné la diversité de l’équipe des designers : un œil aguerri retrouvera d’ailleurs la patte de Tetsuya Nomura, numéro 1 des Final Fantasy et Kingdom Hearts qui a participé à la création des antagonistes du jeu, certains rappelant fortement Dissidia. L’inégalité entre les personnages donne au final une sensation de diversité qui est la bienvenue

Enfin nous avons une bande-son plus riche que les autres jeux et dont les titres s’enchaînent bien entre eux et arrivent à produire l’effet voulu. Chose rare, même après plusieurs douzaines d’heures de jeu on ne se lasse pas de la musique des combats. Le chef d’orchestre est cette fois Yasunori Mitsuda, qui a entre autres déjà travaillé sur les Xenosaga, Chrono ou Valkyria et qui avait rapidement participé au premier opus.

Malgré un univers plus vaste et plus ambitieux, Xenoblade Chronicles 2 arrive difficilement à la cheville de son grand frère. Là où le premier brillait par de multiples innovations de gameplay et de scénario, le petit dernier tombe dans la facilité du fan service et se repose sur la notoriété de son titre. Il possède certes des points forts, tel que les nouvelles mécaniques de combat plus complètes ou un scénario relativement intéressant, mais malheureusement les défauts sont trop importants pour êtres tous pardonnés.

Note : 12/20